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Matériauthèques

Collecte et réemploi des matériaux déposés sur nos chantiers

T1 · 2023De l’état des lieux au renouvellement

De la démolition à la dépose sélective pour la réhabilitation d’un bâtiment de bureaux des années 1970.

En 2023, nous avons été consultées par CACL Investissement pour la réhabilitation d’un immeuble de bureaux d’environ 2 000 m², construit en béton dans les années 1970 à Orléans. Notre diagnostic a consisté à analyser les différentes strates matérielles accumulées au fil du temps — en cinquante ans, plusieurs campagnes de travaux dont nous avons retrouvé les couches successives lors de la dépose — afin d’en comprendre les pathologies, mais aussi les qualités et les ressources potentielles.

Le bâtiment, construit par l’armée comme mess des officiers et occupé jusqu’à fin 2024 par deux entreprises, doit être transformé en établissement d’enseignement recevant du public. Missionnées par le Crédit Agricole, avec Clares pour AMO, nous avons fait du diagnostic PEMD — la surface dépassant 1 000 m² et les travaux portant sur plus de deux éléments de second œuvre — le point de départ d’une conception architecturale centrée sur l’existant et les gisements disponibles. Notre dossier de consultation des entreprises intègre ainsi un CCTP réemploi s’adressant à tous les corps d’état et prévoit un lot de dépose soignée sélective.

La dépose sélective s’est révélée très différente d’un chantier de démolition traditionnel. Notre DCE « curage pour réemploi » nous a confrontées à des questions très concrètes : comment déposer proprement un bâti de porte coulé dans la chape ? Comment récupérer des miroirs collés en plein mur ? Comment retrouver un parquet sous plusieurs couches de colle à moquette ?

Au fil du chantier, la liste des matériaux réellement réemployables s’est précisée. Cette expérience nous a permis de nous familiariser avec le diagnostic PEMD comme outil opérationnel, mais aussi de le prolonger en créant, au sein même du bâtiment, une matériauthèque expérimentale.

T2 · 2024-2025La matériauthèque de chantier

Au sous-sol du chantier, 130 m² sont dédiés au stockage, au classement et à la diffusion des matériaux déposés.

La dépose sélective a donné lieu à la création d’une matériauthèque au sein même du chantier. Au sous-sol, 130 m² sont dédiés au stockage des gisements issus de la dépose soignée : rangées de portes, équipements sanitaires et électriques, cloisons amovibles, mais aussi de nombreux autres éléments déposés.

Nous avons recensé ces gisements et établi un catalogue descriptif et quantitatif à destination des professionnels de la construction en région Centre-Val de Loire. Avec le Crédit Agricole Immobilier et l’association Envirobat, nous avons organisé une matinée portes ouvertes le 30 avril pour présenter le projet et la matériauthèque. Depuis, nous avons animé plusieurs visites guidées du chantier.

Cette matériauthèque est devenue le point d’ancrage de notre engagement dans le réemploi. Elle libère notre créativité autour du détournement d’usage et du réemploi in situ ou ex situ, tout en apportant une réponse concrète à la question du stockage. Avec le soutien de notre maîtrise d’ouvrage, qui nous laisse disposer de cet espace le temps du chantier, la matériauthèque de Saint-Yves est devenue un véritable outil de conception.

T3La palette de gisements, un outil de conception

Les gisements catalogués nourrissent le projet du hall et permettent de chiffrer, poste par poste, l’économie du réemploi in situ.

Le projet du hall met en scène cette palette de gisements : 80 mètres linéaires de chemins de câbles déposés puis reposés, un escalier en caillebotis récupéré sur le chantier des Murlins, qui sera retravaillé en atelier avant d’être reposé, 437 tubes fluorescents upcyclés pour créer de nouveaux luminaires, ou encore 100 m² de dalles de faux-plafond mises en œuvre en complément d’isolation thermique.

Les 437 tubes fluorescents ont fait l’objet d’un atelier de montage des luminaires POLIX, organisé avec la marque Maximum et le maître d’ouvrage. À partir des néons déposés sur le chantier, l’équipe de maîtrise d’ouvrage et de maîtrise d’œuvre a assemblé directement sur site les luminaires destinés au projet. Un détournement d’usage in situ, qui transforme un élément existant en nouvel équipement tout en conservant sa matière et en limitant les flux liés à son évacuation et à son remplacement.

Les dalles de moquette servent quant à elles à la protection des sols, réduisant ainsi l’usage de films plastiques, tandis que les miroirs sont intégrés au projet dans les sanitaires.

Les travaux de curage ont coûté 116 700 € HT, soit 56 € HT/m², avec un surcoût de dépose soignée estimé à 50 000 € HT. En regard, l’économie de matière non achetée grâce au réemploi in situ — dalles de faux-plafond en complément d’isolation, chemins de câbles, tubes fluorescents transformés en luminaires, faux-plafond décoratif du hall en réflecteurs, escalier en caillebotis, sans compter cimaises, blocs-portes, terrazzo, extincteurs, lave-mains ou miroirs — représente une estimation d’environ 25 000 € HT d’achats de fournitures évités.